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Violences conjugales : quand la vidéo dit ce que la plainte n'osait pas dire

Il y a des dossiers qui restent, parce qu’ils disent quelque chose de plus large que l’affaire elle-même. Celui-ci en fait partie.

Ce soir-là, ma cliente est en voiture avec sa fille âgée de 8 ans. Son compagnon la frappe une première fois, pendant qu’elle conduit.

Elle fait ce qu’on répète pourtant sans cesse aux femmes en danger : elle s’arrête là où il y a du monde, devant une supérette éclairée, et demande de l’aide aux personnes attablées en terrasse. Personne ne bouge. Elle entre dans le magasin et tente d’appeler les forces de l’ordre, son compagnon la rattrape. Il la tire par les cheveux, lui fait une clé de bras autour du cou, l’entraîne dehors et l’enserre fermement de ses bras jusqu’à s’emparer du téléphone qu’il estime lui appartenir. Puis il repart.

Sa fille a tout vu.

Ma cliente se rend au commissariat. Trois jours d’ITT sont constatés. Le compagnon est placé en garde à vue et nie les faits.

Ce qui a tout changé dans ce dossier, c’est l’existence d’une vidéo captée par la caméra de vidéosurveillance de la supérette qui montre la scène dans son intégralité.

Cette vidéo est tristement intéressante à plusieurs niveaux.

D’abord, elle révèle l’écart qui existe souvent entre les faits dénoncés et les violences réellement subies. Dans sa plainte, ma cliente ne décrivait que le coup reçu en voiture et la clef de bras. La violence de la scène, les cheveux tirés, l’étranglement, le fait qu’elle se débâte alors qu’il la maintient fermement, elle ne les avait pas mis en mots. C’est un rappel utile : le récit d’une victime, au moment de porter plainte, n’est presque jamais la totalité de ce qu’elle a vécu. C’est la partie émergée d’un iceberg bien plus vaste, freinée par la sidération, la honte, ou simplement l’incapacité à tout raconter à chaud.

Ensuite, cette vidéo a produit un effet sur l’auteur lui-même. En garde à vue, face aux images, il a semblé surpris par la violence de la scène, et a manifesté de la honte. Cette honte n’a pas changé de camp, elle reste malheureusement ressentie par la victime, mais, au moins ce jour-là, elle a aussi été perçue dans l’autre camp, celui de l’auteur.

Il y a enfin ce que la vidéo montre de notre société encore en 2026, l’immobilisme des hommes et des femmes présents sur la terrasse et dans la supérette. Avec pour exemple le caissier qui reconnaît avoir vu la scène, mais qui explique que le couple était ressorti et qu’il avait une caisse à tenir.

Ma cliente avait pourtant fait tout ce qu’on conseille aux femmes en danger le soir : se rendre rapidement là où il y a du monde, chercher la lumière, demander de l’aide. Et malgré cela, rien.

L’auteur a été condamné. Ma cliente et sa fille ont toutes deux été reconnues victimes et ont obtenu une juste indemnisation.

Mais ce dossier reste, pour moi, la preuve que la parole d’une victime doit toujours être entendue au-delà de ses mots, et que la responsabilité de réagir ne peut reposer sur les seules épaules de celles qui subissent.

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Copyright © Elsie Laxenaire 2026 – Tous droits réservés | Réalisation PINK 103

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